
Cliquer
sur l'image |
|
En Belgique, nombreux sont les marécages disparus ou
toujours là, les localités, les cours d'eau, les lieux-dits qui se réfèrent à la
présence ancienne du castor (Beveren, Beverlo, Bièvre, la
rivière Biesme, etc.)
La
carte à gauche ne compte pas un centième des noms en Belgique dont
l'étymologie se réfère au castor. La
Belgique est sans nul doute le pays qui porte le plus de nom témoignant
du castor. Voilà notamment pourquoi c'est là que se trouve
Beaverland!
Les régions francophones ont ceci de
particulier que la plupart des gens ignorent ces rappels du passé. Cela tient au
fait qu'à partir du 12ième siècle, le terme savant "castor" (d'origine grecque)
a remplacé progressivement le nom vernaculaire de l'animal, à savoir "bièvre"
(d'origine celtique). Seul ce dernier se rencontre en toponymie car le mot
"castor", qui a supplanté l'autre à une époque où la raréfaction de l'animal
s'accentuait, n'a plus réussi à créer des lieux-dits.
Bièvre

Blason
de la
Commune
de
Bièvre |
|
L'indo-européen Behr, désignant un
animal brun, serait à l'origine du mot bièvre et des formes qui vont suivre.
A l'époque celte, l'espèce était citée dans
différents dialectes comme: Bibr, Bebr, Beubr, Bubr. Durant la période gallo-romaine, nous
trouvons: Bebros ou Bebrus (Bebronna ou Bebrussa est la "rivière aux
castors"). Se produit ensuite une évolution linguistique changeant le "b" en "v" au centre
de certains mots. Si bien que sous les Mérovingiens, nous relevons: Biver et Bever (Charles le Chauve institua les officiers
royaux appelés "bevarii", chargés de l'organisation de la chasse aux castors pour leur
fourrure). Au 11ième siècle, Biver et Bever sont toujours là mais certaines contractions
ont donné en plus: Bier, Berv, Bie, Biv |
Dans de nombreuses langues, la racine est la
même:
- en latin: Fiber, littéralement "brun"
- en vieux perse: Baovara
- en allemand: Biber
- en norvégien, suédois et en néerlandais: Bever
- en anglais: Beaver
- en wallon: Bîve
- en français: Bièvre (et,
dans le sud de la France, Vibré)
- en russe: Bobra
- en italien: Bevero
- en espagnol: Befre
- etc...
Un rapide survol de la Belgique nous révèle
la large répartition passée du castor.
Anvers
Beerschot (Beverscot 1155) "enclos à castor ou habitation près d'un ruisseau à
castors"
Bevel (Beverle 1295)
Beverdonck "gîte du castor"
Brabant
Strombeek-Bever (Bevenne 1133)
Bever ou Biévène (Bievenne 1186)
Hainaut
Buvrinnes (Beurunnes 1181) "coin aux castors"
Bienne-lez-Happart (Bevena 868)
Biesme-sous-Thuin (Bevene 1174) et la Biesmelle
Biesme-lez-Fosses (Bevena 868)
Flandre occidentale
Beveren (Beveren 1130)
Beveren (Beveren 1011) sur la Bevergracht - Westhoek
Beveren (Beverna 967) sur la Lys
Beveren (Bevere 1238) entre Lys et Escaut
Flandre orientale
Beveren-Waas (Beverne 1122)
Liège
Berneau (Bernauw 1359) "pré de la Berwinne"
Berwinne
Limbourg
Beverlo (Beverle 1180) "bois ou bruyère des castors"
Beverst (Beverst 1314)
Luxembourg
Breuvanne (Bevrona 1064)
Namur
Bièvre (Beveris 770)
etc
etc
Castor
Le terme français "castor" a été reçu du
latin castor, qui l'a lui-même emprunté au grec.
Dans la tradition latine, l'étymologie qui a
prévalu explique le mot par le verbe castrare (châtrer, castrer). Les
peuples de l'antiquité utilisaient en effet dans leur pharmacopée le castoreum sécrété par des glandes localisées à la base de la queue, mais
qu'ils assimilaient aux testicules. Ils chassaient le castor pour se procurer
cette substance aux multiples propriétés curatives, objet d'un véritable
commerce et même, vu sa relative rareté, d'un trafic de substitution. Ils
croyaient généralement, en dépit de la réfutation opposée par certains de leurs
auteurs mieux informés, que l'animal se mutilait pour éviter la capture. Ce
comportement défensif serait à l'origine du nom castor.
Pareille étymologie n'a aucune valeur ni
zoologique ni linguistique. Elle a cependant survécu dans la tradition médiévale
et, au-delà, dans les croyances populaires européennes.
Le nom grec de castor rappelle celui
de Dioscure Castor, littéralement "Le Brillant, le Lumineux". Mais les raisons
d'un éventuel transfert sont loin d'être élucidées. Les Grecs de
l'antiquité ne se sont pas eux-mêmes expliqués là-dessus. En tout cas, les
textes disponibles ne contiennent rien de significatif. Les lexicologues
modernes font état du rôle que jouait Castor comme protecteur de la santé des
femmes et supputent que le nom du dieu aurait été étendu à l'animal fournisseur
du castoréum, lequel était utilisé notamment dans les remèdes des maladies
gynécologiques. L'évolution aurait été la suivante, selon une progression dont
il existe d'autres exemples: "l'animal de Castor", de là le "Castor", enfin le
castor. Pareille spéculation attend encore d'être confirmée.
|